22-08-09

Le conflit basque

Journal du Pays Basque

Pourquoi la résolution du conflit basque a-t-elle échoué en 2007?

20/08/2009

Clémence LABROUCHE

Pour sa dernière conférence de l'été à Ostabat, Haize Berri avait fait le choix d'organiser mardi dernier une table ronde autour de l'épineuse question de la résolution du conflit basque. Outre les acteurs politiques locaux impliqués dans cette résolution, l'association a eu l'excellente idée d'inviter Jean-Pierre Massias, Professeur de droit public, Expert auditionné auprès du groupe de soutien au processus de paix au Pays Basque de Parlement Européen et de l'Otan. Revenant sur ses recherches universitaires relatives aux raisons de l'échec de la négociation, le Professeur a offert à son auditoire une analyse subtile, loin des clivages stériles traditionnels. Après avoir contextualisé le conflit, il opte pour trois questions essentielles : Pourquoi négocier ? Comment négocier ? et Jusqu'où négocier ?

L'intérêt de «négocier» tout d'abord. Si les acteurs s'accordent sur la nécessité de «négocier», il semble exister une dissonance cognitive dans les schèmes des différents acteurs. Autrement dit, derrière le signifiant «négocier» les acteurs y voient un signifié différent. Pour exemplifier, c'est un peu comme si derrière le mot «chêne» certains imaginaient le chêne de Gernika quand d'autres pensent «industrie forestière». Pour le gouvernement espagnol, la négociation représente un moyen d'obtenir la disparition d'ETA avec éventuellement quelques concessions politiques. Pour la gauche abertzale, la négociation est au contraire un moyen d'obtenir un certain nombre d'avantages politiques qui pourraient éventuellement entraîner la disparition de la lutte armée.

Devant ces dissonances, le conflit basque se caractérise par une multiplication de phase de négociations et d'échecs. Or, ce processus cyclique n'est pas, selon lui, «favorable à la résolution du conflit». Il en devient presque une sorte d'habitude ritualisée, où l'enjeu de trouver une solution est parfois purement et simplement niée.

Jean-Pierre Massias rappelle à ce propos que durant le processus d'Alger menée en 1989 sous l'autorité de Rafael Vera, (l'un des principaux instigateurs du GAL), ce dernier aurait averti : «on essaie de négocier parce que même si nous ne parvenons pas à un accord, on va diviser la gauche abertzale entre ceux qui accepteront la négociation et qui ne l'accepteront pas». Actuellement, les acteurs ne se situent donc pas dans la négociation de rupture.

Pour Jean-Pierre Massias, la négociation ne doit par ailleurs pas intervenir à n'importe quel moment. Pour lui, le moment où les deux camps comprennent qu'ils ne pourront pas gagner, représente le rapport de force idéal.

Comment négocier ?

Aujourd'hui, on assiste à une négociation asymétrique. La loi sur les partis politiques qui interdit Batasuna, votée par le gouvernement espagnol, est une loi «applicable et efficace» dans la mesure où elle est une gêne pour la gauche abertzale. Mais elle s'avère aussi être gênante dans le processus de négociation.

Le professeur de droit interroge alors son auditoire : «Avec qui voulez-vous négocier quand les personnes avec qui vous devez négocier sont susceptibles d'aller en prison et que vous, vous êtes susceptibles d'aller en prison quand vous négociez avec eux» ? (Référence faite au recours en justice d'Ibarretxe pour avoir négocié avec Arnaldo Otegi). À ce moment-là du processus, la «victoire à court terme se transforme en problème à long terme» souligne le Professeur.

La technique de négociation suppose au contraire de favoriser le dialogue entre les deux camps. Pour ce faire, l'Expert préconise la présence de médiateurs. Mais, attention, à l'instar de Bill Clinton dans le conflit irlandais, il doit s'agir de médiateurs ayant une légitimité qui dépasse le cadre technique, des médiateurs avec des capacités d'influence réelles.

Au niveau de l'organisation de la négociation, fixer le calendrier reste un impératif. Pour l'auteur, il ne s'agit absolument pas «d'une question de préséance». De manière pragmatique, si la table militaire est choisie, cela signifie que les militaires ne disposent plus de moyens de pression pour influer sur la table politique. Dans le cas inverse, le résultat de la résolution militaire est assujetti à la résolution politique. Deux conceptions radicalement opposées, donc. D'après Jean-Pierre Massias, c'est «là que le bas blesse ! C'est un problème de philosophie de la négociation, un problème de confiance».

Jusqu'où négocier ?

Enfin, négocier c'est parler avec son meilleur ennemi. L'orateur rappelle à ce propos : «Quand on négocie, on négocie avec ceux que l'on n'aime pas, avec ceux contre qui l'on se bat». Le discours «on ne négocie pas avec les terroristes» s'avère donc stérile.

Négocier signifie aussi trahir : accepter d'aller à la négociation en faisant «des concessions pour lesquelles certains de mes camarades sont morts et/ou sont emprisonnés». L'acceptation de cette trahison, que l'auteur concède bien volontiers déchirante, est pour lui le seul moyen de parvenir à une vraie rupture. Aussi, le gouvernement espagnol doit assumer la négociation sans imposer des limites préalables. «Quand on veut fermer la porte de la violence, il faut ouvrir la porte de la politique».

Pour finir, pour l'Expert, négocier doit rythmer avec «oser». S'engager dans un processus de discussion, de «concessions réciproques» dans lequel l'individu n'a pas l'assurance de pouvoir trouver une solution.

Pour conclure, Jean-Pierre Massias estime que seule la négociation peut amorcer un processus de réconciliation dans une société basque traumatisée : «Cet échec-là, ce n'est pas le retour à la case de départ, c'est le retour à la case N-1. Quand vous échouez dans un processus de paix, non seulement vous n'avez pas résolu le problème, mais en plus vous avez un nouveau problème : la perte de confiance».

 

15:44 Gepost door F. in Actualiteit | Permalink | Commentaren (0) |  Facebook |

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