20-03-09

Balade en Pays Basque: 10 ans!

Ce 20 mars 2009, « Balade en Pays Basque » fête son dixième anniversaire ! Dix ans de musique basque sur une radio Bretonne !  Sortons le Patxaran et posons quelques questions à Alain Hervochon, qui pendant toutes ces années a collectées les disques, les interviews et anecdotes...

 

Les 10 ans de Balade en Pays Basque (2)

 

 

Bonjour Alain:) Ca fait 10 ans que tu présentes Balades en Pays Basques. Peux-tu me raconter ta découverte du Pays Basque? As-tu découvert le pays par sa musique ou étais-ce l'inverse?

 Bonjour Ghislaine, et oui ! 10 ans déjà ! En fait j'ai toujours porté beaucoup d'intérêt à la culture de ma région d'origine (La Bretagne), et notamment à la musique et les chants d'ici... Né en 1958, j'ai connu la grande vague du folk avec en Bretagne Alan STIVELL, MALICORNE, TRI-YANN, Gilles SERVAT (Sans doute à l'origine de ma "conscience bretonne") et tous les groupes de fest-noz (SONERIEN DU, BLEIZI RUZ, etc). Chaque année je prenais mes congés au moment du festival interceltique de Lorient et je me suis donc ainsi beaucoup intéressé aussi aux musiques irlandaises, écossaises, etc...

 Et puis en 1996, j'ai décidé de partir en vacances dans une région "à forte identité"... Je pensais à la Corse ou au Pays Basque, et finalement mon choix s'est porté sur le Pays Basque (800 km de Lorient, mais pas de risque de grèves des ferries !).

Comme beaucoup de touristes, j'ai beaucoup apprécié la randonnée dans des paysages magnifiques... Mais j'ai essayé surtout d'en savoir plus sur cette culture où tout tourne autour le l'euskara, la langue basque... Et ce fût le "coup de foudre" !... Au moment de terminer mon premier séjour, pour l'achat de souvenir, plutôt que le traditionnel linge basque (parfois "made in china") ou la pendule avec le piment qui marque les heures, je me suis rendu à la librairie KUKUXKA à GARAZI (St Jean Pied de Port) pour me faire un "assortiment" des musiques et des chants que j'avais entendu pendant mon séjour... J'ai rencontré pour la première fois Patxiku URANGA qui gère ce magasin avec passion et l'envie de "faire découvrir"... Depuis, nous sommes amis et nous nous rencontrons à chacun de mes séjours.

 

- En écoutant ton programme nous découvrons la diversité qui existe dans "le chant basque": "folk", "folklore", "bertsolari", "le rock" (qui ne semble pas ta musique préférée:)), "ballade", "pastorale" et j'en passe... Y-a t'il un genre que tu préfères et peux-tu expliquer pourquoi?

 Très difficile de répondre à ta question !...

Commençons par le rock : C'est vrai que ce n'est pas ma musique préférée mais il faut savoir que les amateurs de ce style connaissent le "rock basque" et les groupes revendicatifs comme Kortatu, ou plutôt festifs comme Sustraia... Mais je pense que pour faire partager une passion comme j'essaie de le faire dans "Balade en Pays Basque", il faut connaître le sujet et s'y intéresser... Tu l'a compris, c'est moins mon cas. Néanmoins, il m'arrive de programmer des groupes de rock... mais plutôt "soft". En fait j'ai l'impression que mes auditeurs (Et d'une manière plus générale, les auditeurs de Radio Bro Gwened)), sont peu demandeurs de rock.

Ensuite, je fais partie de ceux qui considèrent que le mot "folklore" est péjoratif, parlons donc de la musique traditionnelle et de folk. Il y a toujours un débat : Que classer dans ces 2 catégories ? Les musicologues eux mêmes ne sont pas d'accord ! En ce qui me concerne il me faut varier les programmes de l'émission et je considère par exemple que Juan-Mari BELTRAN fait de la musique traditionnelle dans la mesure où sur un morceau, ce sont chacun des instruments qui sont en valeur. Par contre, je considère que la musique du groupe OSKORRI est folk car ce sont les arrangements entre instruments qui font la qualité des morceaux. Ceci étant dit, BELTRAN propose aussi du folk sur ses albums... et OSKORRI des "traditionnels" ! Donc il faudrait peut-être arrêter de vouloir tout classer !

 En ce qui concerne le chant, qu'il soit traditionnel ou de création, il faut qu'il me parle.

Parfois c'est la voix elle même : Rien à dire, c'est beau, c'est tout !...

Parfois ce sont les paroles, comme le chante le breton Gilles SERVAT : "Chantez la vie, l'amour et la mort. Les saisons, les rêves, le travail et la grève. Aux champs, à la ville, chantez vos espoirs.  La chanson peut tout dire : Le meilleurs, le pire". C'est la raison pour laquelle, j'essaye dans "Balade en Pays Basque" de présenter, sinon les paroles, du moins le thème de la chanson (A condition toutefois que la traduction figure sur le livret du CD).

Le bertsolarisme et les pastorales sont également des éléments importants de la culture Basque et -a ce titre- ont bien sûr leur place dans l'émission.       

 

- En plus, et j'apprécie, tu fais de la place pour la musique instrumentale. Je pense à la trikitixa (Kepa Junkera entre autres), la txalaparta (Oreka tx), l'alboka... La musique instrumentale, en générale, a peu de place sur les ondes:( Un commentaire?

Tout d'abord, il faut apporter une précision : La trikitixa est le nom de l'accordéon traditionnel du Pays Basque, mais c'est aussi le nom du style qui associe le triki avec d'autres instruments (Panderoa, alboka).

L'accordéon lorsqu'il est joué avec talent se suffit quasiment à lui-même, c'est d'ailleurs vrai dans toutes les régions, il a donc sa place dans toutes les émissions consacrées aux musiques traditionnelles.

L'alboka est un instrument très caractéristique du Pays Basque, même si sa rusticité (2 cornes de vache reliées par une anche) fait qu'il doit avoir des équivalents plus ou moins similaires dans d'autres endroits du monde). Il serait bien sûr impossible d'écouter de la musique d'Euskal Herri sans évoquer l'alboka.

Lorsque j'ai rencontré un jour Paxkal INDO, je lui ai demandé de parler de la txalaparta en lui disant que c'était un instrument "qui n'existait qu'au Pays Basque", il m'a répondu qu'au contraire, cet instrument existait partout... Mais les Basques -eux- l'on gardée.

C'est vrai que j'adore cet instrument tout simple : Des planches de bois (Parfois de la pierre ou du métal) frappées par des bâtons : Quoi de plus simple ?... mais quoi de plus beau ?...

La txalaparta qui résonne dans les montagnes basques : Le bonheur !   

 

- Par contre, tu sembles avoir peur de passer des chorales! Peux-tu expliquer pourquoi?

Le chant choral est quelque chose de très précis. Lorsqu'une chorale enregistre un CD, le lieu d'enregistrement est très important de même que la prise de son. Les ingénieurs du son sont très précis sur les potentiomètres... C'est un travail très difficile. Lorsqu'on propose une chorale à la radio, l'auditeur n'est pas souvent très attentif, il a autour de lui beaucoup de bruit "parasites"... Lorsque le chant est très bas (souvent en début de morceau), je suis obligé de monter le "gain" sur la table de mixage et j'ai l'impression de "trahir" le travail d'enregistrement du CD. Voilà pourquoi j'ai toujours des scrupules en passant des chorales.

 

- Grâce à "Balade en Pays Basque", j'ai découvert de très belles voix! Et des voix intéressantes ou intrigantes!  Peux-tu nous dire un peu plus sur tes "voix préférés"?

 Non, la question est trop difficile :)  Plus sérieusement, pour répondre quand même à ta question, je citerais Benito LERTXUNDI, une voix rocailleuse toujours servie par des musiciens parmi les meilleurs du Pays Basque. Dans la même génération, il y a aussi ceux qui nous manquent comme IMANOL ou Mikel LABOA. Je citerais également Peio SERBIELLE dont la voix est toujours empreinte d'une grande émotion, et une autre voix souletine : Maddi OIHENART. 

Dans la jeune génération, notamment au Pays Basque nord, il y a beaucoup d'émulation, beaucoup de très belles voix et j'ai une "tendresse" toute particulière pour les soeurs AIRE ou pour MAIALEN ERROTABEHERE qui après avoir suivi le chemin classique en Pays Basque : Chorale d'enfants, d'adolescents, concours Kantu Xapelketa, enregistrement d'un premier CD se fait désormais plaisir avec une voix extraordinaire mais difficile à maîtriser dans un répertoire du blues au gospel entre autres.

 

- Depuis 10 ans, tu rencontres et questionnes les artistes basques. Y a-t'il eu des rencontres qui t'ont particulièrement marqués?

 Incontestablement Peio SERBIELLE ! Nous avons suivi semaine après semaine ses 16 mois de détention "provisoire". Je l'avais vu auparavant 2 fois sur scène sans oser l'aborder, il a fallu ces tristes circonstances pour que nous fassions connaissance à sa sortie de prison.  Je précise que si Peio doit toujours "pointer" une fois par semaine à la gendarmerie,  le procès n'a toujours pas eu lieu 3 ans après sa libération ! C'est dire combien Peio est un "dangereux terroriste" et combien sa détention était aberrante !

 Côté rencontres, je citerais aussi Beñat SARASOLA qui fût à l'origine du groupe GUK dans les années 70 (Jusqu'à la fin des années 1990)... Un groupe qu'on appelle "engagé" avec des chansons qui reflétaient les préoccupations de l'époque... et qui sont souvent toujours d'actualité ! (La pression foncière, les problèmes de l'agriculture, des ouvriers...)

Et puis les nombreuses rencontres avec Maialen, qui a d'ailleurs eu l'occasion de se produire en Bretagne notamment pour un concert de soutien à Peio SERBIELLE. La première interview pour "Balade en Pays Basque" date d'il y a bientôt... 10 ans, et depuis, elle et moi continuons nos chemins !

Et puis toutes les autres rencontres, Caroline PHILLIPS et Mixel DUCAU (BIDAIA), Patxi PEREZ, Anje DUHALDE, etc...

 

- Tu ne fréquentes pas que "les artistes". Le Pays Basque t'a inspiré autrement. Peux-tu dire quelque chose sur tes rencontres, tes "coups de coeur"?

 Les musiques et les chants ne sont bien sûr que des éléments parmi d'autres d'une culture, mais je pense qu'ils évoquent justement toutes les préoccupations des habitants d'un pays... Ils représentent une synthèse. Mais je m'intéresse bien sûr aussi à la situation politique du Pays Basque, que ce soit le manque de reconnaissance en Pays Basque nord, ou côté espagnol avec l'interdiction de certains partis politiques jugés trop près d'ETA...  les points de vues m'intéressent. Moi qui condamne toujours la violence, il m'est arrivé d'avoir des discussions très intéressantes avec des gens qui ne partagent pas mes convictions... Pourquoi des gens de bon sens refusent de condamner la violence ? La question est posée...

 Dans un domaine différent, j'ai toujours beaucoup de plaisir à rencontrer au Pays Basque des bergers, quelque soit leur génération. Je trouve qu'il y a chez ces gens un bon sens qui manque à notre société. Ils vont à l'essentiel et se contentent de peu, malheureusement leur travail n'est pas récompensé, le pastoralisme est en danger au Pays Basque. Pourtant ils se "prennent en main" et font preuve d'initiative comme par exemple la création d'Euskal Laborantza Ganbara qui est une chambre d'agriculture "parallèle" mais qui se heurte aux lobbies de l'agriculture plus productiviste... et de l'état français !    

 

- Tu présentes les chansons en donnant une traduction. Est-ce que tu te rends compte que tu es le seul à faire ce genre de programme? Est-ce que tu te rends compte de l'impact?  Un groupe comme "Guk", sans quelques traductions, perd tout intérêt pour ceux qui ne comprennent pas la langue!

 Oui je m'en rends compte, malheureusement souvent les maisons de disques ne proposent pas les traductions dans les livrets des CD. C'est un gros problème que je regrette, heureusement grâce à internet, il est parfois possible de contacter les artistes. 

 

- Qu'espère tu pour l'avenir? Ton programme s'est enrichi, grâce à Internet, de ton site et ta page MySpace....

 L'émission a failli s'arrêter à deux reprises en 10 ans... Je suis sûr que ma passion ne faiblira pas, j'espère simplement ne pas me laisser gagner par l'usure.

Depuis environ un an, le site connaît une hausse de la fréquentation et plus encore depuis que l'émission est hebdomadaire... Je m'en réjouis, le site apporte un "plus" incontestable... Vidéos, complément d'actualité, etc... Et j'ai plus de contacts avec les auditeurs par internet que précédemment au téléphone après les émissions... J'espère que ces contacts se multiplieront encore !

 

Voilà... Si tu veux parler de quelque chose de particulier, vas y! J'ai probablement loupé la "bonne" question:)

 Simplement te remercier car c'est justement en ayant contact avec des gens comme toi Ghislaine que j'ai l'impression que l'émission sert à quelque chose... Faire partager une passion est décidément une très belle chose !... Et toi aussi tu y contribues...

Amitiés à tous les visiteurs de ton blog

 

ALAIN

 

 

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Commentaren

Je vais parler en français car c'est ma langue maternelle !
Merci pour cette interview sur cette région basque que j'aime tant.
Je suis fan du linge et des toile de ce pays. Et de tant d'autres choses encore.

Gepost door: linge basque | 02-07-14

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