29-05-08

Vriendschap...

Le vieux renard.
 
            La mémoire est un diamant que le temps enfouit sous la poussière des jours qui passent...
            Parfois, il suffit d'un coup de vent pour que le diamant revienne à la lumière, et brille de toutes les facettes du souvenir.
 
            C'est une tornade qui a balayé la mienne, de mémoire.
            D'un coup, je suis revenue plus de vingt ans en arrière, à ce jour où j'ai compris, le nez dans les gravillons, qu'il y avait réellement un problème au Pays Basque. Jusqu'alors, Euskal Herria se résumait pour moi à des clichés touristiques et à une petite boite, décorée d'une « etxe » aux murs blancs et au toit rouge, sur laquelle était écrite une formule mystérieuse: « Zazpiak bat ». A deux cents kilomètres de la frontière, le nationalisme basque semblait aussi lointain que les histoires de martiens, et l'ETA (terme qui englobait Iparretarrak), une nébuleuse menaçante dont on n'entendait parler que quand un drame se produisait.
            Et puis un jour, lors d'une fête chez des amis à Terrasson, en Dordogne, le maître de maison m'a demandé comme un service de « m'occuper » d'un Basque qui venait d'atterrir dans le coin, et qu'on avait invité parce qu'il ne connaissait personne et qu'à cette époque on avait le sens de l'hospitalité. Le problème, c'est qu'il parlait fort mal le français, et en plus avec un accent épouvantable, et qu'il fallait quelqu'un qui parle espagnol pour lui tenir compagnie, ce qui me désignait quasi automatiquement. Le moins qu'on puisse dire, c'est que cette première rencontre fut électrique, et que l'orage n'a pas grondé que dans le ciel du Périgord! Il avait le don de m'exaspérer quand il me disait d'un ton goguenard, avec son accent biscayen : « Yé souis oun vieux rrrenard ! »... J'ai essayé de lui faire comprendre que la violence ne peut rien résoudre, il a tenté de m'expliquer que la violence répond à la violence, et que parfois cela semble le seul chemin pour se faire entendre et ne pas mourir dans l'indifférence générale. Même s'il restait persuadé que la négociation était l'issue qui s'imposerait tôt ou tard. D'ailleurs, il était persuadé que nous n'aurions pas à attendre très longtemps...
            Nous avions fini par conclure un armistice.
            Nous sommes même devenus amis, de vrais amis, de ceux pour lesquels le temps et la distance ne comptent pas, parce qu'il n'y a pas de prescription pour l'amitié.
            Vingt ans après, j'ai gardé mes convictions. « Nik ere bai » (moi aussi) », me répondrait-il s'il m'entendait. Mais j'ai appris beaucoup de choses en vingt ans. Entre autres, que Euskal Herria n'est pas peuplé de martiens et que la lutte des Basques est une douloureuse réalité et non une saga virtuelle.
C'est ce que j'ai réalisé, le 14 juillet suivant, le nez dans mes gravillons. Toute la bande - le vieux renard compris - s'était rendue à Sarlat. Il y avait de la musique, du soleil, des gens qui se promenaient en riant, des gamins qui couraient... Tout-à-coup, des pétards ont explosé près de nous. Avant que j'aie compris ce qui se passait, je me suis retrouvée plaquée au sol, coincée sous le copain. Il avait instinctivement réagi à ce qu'il avait perçu comme une fusillade! Heureusement pour moi qu'à l'époque il avait moins de rondeurs qu'aujourd'hui! C'est là que j'ai réalisé que ce qu'il me racontait n'était pas du roman. Il s'était excusé, un peu gêné. Mais c'est moi qui aurais dû m'excuser.
            Je n'ai pas eu l'occasion de le faire. Quelque temps plus tard, il disparaissait dans la nature pour échapper au GAL. Et puis avec le temps, j'avais un peu oublié l'incident.  Mais durant toutes les années passées sans avoir de ses nouvelles, j'ai tremblé de voir apparaître son nom à chaque arrestation de militants basques.
            Jusqu'à la tornade du 20 mai où je l'ai pris en pleine figure lors du journal télévisé.
            Il n'a pas changé. Il a gardé le même accent où les « rr » roulent comme les galets dans la Nive. Et ses convictions n'ont pas changé non plus.
 
            A ceux qui me disent qu'il est imprudent de se déclarer amie d'un « présumé chef de l'ETA », je répondrai que si l'amitié est un délit, je l'assume avec fierté.
            A mon « vieux renard » et à tous ceux qui se retrouvent en cage pour avoir tant aimé leur patrie, je dis : « Agur, jaunak, agur t'erdi ».
 
Annie Arroyo
 

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