11-02-08

Journal du Pays Basque 9/02/08

Txetx et Morio libérés hier soir après avoir été interrogés par la police judiciaire bayonnaise
·Placés mercredi en une garde à vue qui pouvait s’étendre à 96 heures, les militants étaient soutenus tous azimuts

Officiellement, elle n’a fait le déplacement sur Bayonne que pour "superviser l’enquête", sans interroger Jean-Noël "Txetx" Etcheverry ni Jaco Morio, militants abertzale et occitaniste, arrêtés mercredi au lever du jour par la Police judiciaire. La juge antiterroriste Houyvet est depuis 2004 en charge de l’enquête, liée à l’hébergement de deux membres d’ETA, avec la juge Le Vert. Elle est repartie hier vendredi dans la foulée, laissant les policiers bayonnais poursuivre leurs interrogatoires.

Avant la remise en liberté hier tard dans la soirée, des deux hommes, la place de la Liberté, à Bayonne, connaissait le troisième rassemblement de soutien à "Txetx" et "Jaco". 150 personnes dès 18h30, un peu moins que les deux jours précédents, mais toujours avec la même diversité, mondes culturel, associatif et politique confondus, signe de la grande popularité d’un Txetx.

Outre les militants abertzale et de gauche, des figures de droite, comme Jean-René Etchegarray, adjoint MoDem au maire de Bayonne, Jean Grenet. Celui-ci a même pu croiser les manifestants, se dirigeant vers la mairie, un dossier sous le bras, serrant prestement quelques mains connues à la lisière du rassemblement.

Un grand calme, une simple banderole, pas de prise de parole. Les nouvelles circulaient de groupe en groupe, peu fournies, hormis les réponses concédées par le commissariat aux militants et amis s’informant de la situation. "Il a cessé de s’alimenter pour protester : ils lui ont retiré ses lunettes... à Txetx! Sans lunettes il voit rien". Parallèlement, un rassemblement se tenait au Palais de Justice de Pau, à l’appel d’Anaram au Patac, que dirige Jaco Morio. Toute la journée d’hier, les soutiens officiels se sont multipliés. Une pétition circule sur le web, lancée par la fondation Manu Robles Arangiz, en solidarité avec Txetx, son dirigeant en Pays Basque nord, et réclamant "sa mise en liberté immédiate afin qu’il reprenne le cours normal de sa vie personnelle, familiale et militante". Dans un communiqué, Udalbiltza, l’assemblée des élus municipaux abertzale d’Euskal Herria, appelle "tous les élus et citoyens basques en général" à participer aux rassemblements quotidiens, insistant notamment sur le peu d’intérêt qu’a le mouvement abertzale à poursuivre des activités criminelles. Le mouvement "Régions peuples et solidarités", par exemple, s’élève contre une méthode policière "disproportionnée".

Le vice-président du Parlement européen, Gérard Onesta, s’interrogeit depuis Bruxelles, sur "une nouvelle et soudaine crispation jacobine", rejoignant le sentiment de la plupart des personnes mobilisées. La libération des deux hommes a brusquement décrispé une situation qui devenait tendue.



"Ce que les juges cherchent, c’est à alimenter un dossier peu fourni, mais pour eux c’est quitte ou double"

ENTRETIEN | Jean-François "Lof" LEFORT - Militant abertzale

Jean-François Lefort, "Lof", connaît bien le dossier. Ancien porte-parole d’Askatasuna, association de soutien aux prisonniers basques, il a fait un an de prison sans procès en 2005, sur la foi d’un témoignage qui dès 2004 donnait les noms des deux militants arrêtés.

Quelle est la nature exacte de ce dossier ?

Les juges et la 14e section antiterroriste ne poursuivent pas des buts judiciaires mais politiques. Depuis septembre dernier, les rafles en Pays Basque se sont multipliées de part et d’autre de la frontière, au sud le juge Garzon et confrères, au nord la juge Le Vert et cons¦urs. Des dizaines de militants ont été incarcérés dans toute la mouvance abertzale, comme à Saint-Jean-Pied-de-Port. En décembre 2004, trois locaux d’Askatasuna ont été perquisitionnés, les archives confisquées, 17 militants incarcérés ou interrogés, avec une très grande violence dans les méthodes policières. ça continue.

Comment expliquez-vous que ces deux dernières arrestations se fassent dans le cadre d’une affaire vieille de presque quatre ans ?

Cette question, seuls les juges peuvent y répondre. Ce qu’ils cherchent, mais ce n’est qu’une hypothèse de ma part, c’est à alimenter un dossier peu fourni. En octobre 2004, le témoignage de Robert Arricau me mettant en cause donnait trois autres noms, parmi lesquels les deux personnes en garde à vue. Ils les ont repris. Je précise que ce témoignage s’est complètement effondré par la suite. J’ai dû attendre quand même onze mois pour voir acceptée une confrontation avec Arricau, qui avait subi une forte pression policière. Mais aujourd’hui, interroger Txetx ou Morio, pour eux, c’est quitte ou double : s’ils ne confirment rien, leur instruction peut perdre encore plus de crédit. C’est peut-être pour ça que la garde à vue dure si longtemps. Ils n’ont rien.

Quelle est votre situation actuelle ?

Je suis sous contrôle judiciaire.

Nous avons fait deux demandes de non-lieu qui ont été refusées ; je suis toujours en attente d’un jugement, pour l’affaire de l’hébergement des deux Œchefs politiques’ d’ETA. Pour le reste, tout est tombé, car il y avait trois autres procédures [mandat d’arrêt européen, comptes d’Askatasuna et sa fonction de porte-parole d’Askatasuna, ndlr]. Dans ce genre d’affaire, il n’est pas rare que les instructions durent 5, 6 ans. En précisant que pendant ce temps, les personnes inquiétées soit sont incarcérées, soit sont placées sous contrôle judiciaire, ce qui implique une surveillance politique, sociale, une grande pression psychologique.

Que comptez-vous faire ?

C’est évident que pour un tel montage policier, il s’agit d’amoindrir les capacités des abertzale à aller de l’avant. On pense qu’ils seront libérés, mais il faut s’attendre à tout, justement pour être prêt à réagir. Se mobiliser, pour la suite aussi, face à ce qui outrepasse tout ce qui est du respect des droits fondamentaux, politiques comme des personnes.

Julien LACOSTE


08:48 Gepost door F. in Actualiteit | Permalink | Commentaren (0) |  Facebook |

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