30-08-07

Radio Pays

 

Editorial de l'émission du 28 août 2007
Quelques interrogations à propos de deux interrogatoires.
Txalaparta
Mardi 21 août 2007, dès 6 heures du matin, la police procède à une perquisition, à Bayonne, au domicile de Giuliano Cavaterra, 39 ans, membre du bureau du parti politique Batasuna, légal en France, mais illégal en Espagne depuis déjà plusieurs années. Cavaterra, chargé avec d'autres, au sein du parti, des Relations Internationales et en contact permanent avec d'autres mouvements indépendantistes du monde, est l'objet d'une enquête, fait aussitôt savoir la police, en relation avec la revue "Zutabe" que diffuse l'organisation armée basque ETA; il est placé en garde à vue. Ce matin du 21 août, les médias (presse, chaînes de radio et de TV) annoncent immédiatement cette perquisition chez Cavaterra, et son placement en garde à vue, qu'ils présentent comme consécutifs à l'arrestation le 6 janvier 2007 à Hernani, suivie de l'incarcération à Madrid, de Sébastien Bédouret, président de Radio Pays et animateur depuis plusieurs années de Txalaparta. Ce dernier aurait, selon les informations communiquées à la presse par la police, indiqué à la Garde Civile, lors de son "interrogatoire" en janvier, que Cavaterra l'aurait chargé de l'impression et de la diffusion de "Zutabe"; les mêmes sources précisent que l'Espagne a procédé à la libération sous caution de Sébastien Bédouret après deux mois de détention provisoire.

Que les médias diffusent ces informations si rapidement et d'une même voix, voilà qui ne manque pas de surprendre. Les médias ne se posent-t-ils donc pas de questions lorsque les services de police français, en collaboration avec la police espagnole, leur fournissent des informations d'une telle précision le matin, et commencent à battre prudemment en retraite l'après-midi même en déclarant ne pas soupçonner Cavaterra de liens avec ETA et ne pas le considérer comme le responsable de l'édition de la revue "Zutabe"?

Le lendemain mercredi 22 août, Sébastien Bédouret, convoqué par la SDAT, est entendu toute la matinée sur cette affaire que la justice espagnole avait pourtant classée sans suite voici quelques semaines: il quitte les locaux de la SDAT en fin de matinée. A sa suite, Giuliano Cavaterra quitte le commissariat de Bayonne vers 17 heures, sans charges.

Les médias, si prolixes à propos de cet n-ième épisode d'une "lutte contre le terrorisme" bien peu regardante sur les moyens mis en œuvre, seront par contre étonnamment courts et discrets sur cet épilogue dépourvu de tout caractère spectaculaire, et sans doute par là même peu intéressant pour eux, car une interpellation dont on pouvait imaginer qu'elle était de taille à ébranler l'édifice Batasuna se terminait là en eau de boudin.

Pourtant, cette anecdote mérite qu'on s'y arrête. Lorsqu'une affaire vient à être examinée en justice, le principe du secret de l'instruction s'applique, car tout citoyen, même s'il est suspect, est présumé innocent. On attendrait légitimement la même discrétion dans le déroulement d'une enquête menée par la police. Or, dans cette affaire-ci, que constate-t-on? Que la police s"est servi des médias pour justifier une enquête qu'elle a voulu mener sur Cavaterra en prenant prétexte d'une déclaration qu'aurait faite à la police espagnole Sébastien Bédouret, connu pour son engagement de citoyen français solidaire des Basques en lutte pour la libération de leur pays, et très estimé pour son dévouement dans le maintien par le biais de Txalaparta des liens entre les détenus basques et leurs familles et amis. Ce prétexte est particulièrement grossier, si l'on considère que les déclarations de Sébastien Bédouret extorquées par la police espagnole l'avaient été sous la torture d'une part, et que la justice espagnole elle-même a déjà classé cette affaire sans suite d'autre part. En s'abritant derrière Sébastien Bédouret, en le faisant passer, l'espace de quelques heures en tout cas, pour celui qui les a mis sur la piste de Cavaterra, les enquêteurs ne cherchent-ils pas à le déconsidérer aux yeux de ses amis basques?

Quant à Cavaterra, la police, bien loin de le croire derrière "Zutabe", ne voit-elle pas surtout en lui et dans ses contacts avec les autres mouvements indépendantistes un militant jouant un jeu dangereux pour l'intégrité du territoire français, qui risque fort d'être battu en brèche avec une vigueur renouvelée dans les années qui viennent?

Cette perquisition chez Cavaterra et son placement en garde à vue, de même que la convocation de Sébastien Bédouret à la SDAT, sans que finalement la moindre charge ait été retenue contre eux, c'est beaucoup de bruit pour rien. Cela ressemble fort à un coup tordu sans autre objectif qu'un tapage médiatique pour occuper le terrain. Une fois de plus, on voit que la police peut porter tort à des citoyens en toute impunité, de façon passablement arbitraire.

Mais est-ce qu'on ne peut pas se poser aussi des questions sur les intentions de la France par rapport à ce parti Batasuna autorisé sur le territoire alors qu'il est interdit chez sa voisine (et amie) l'Espagne, lorsqu'on rapproche cette opération de police des 21 et 22 août de la visite faite en Euskal Herri par Nicolas Sarkozy le 24 août et de sa déclaration en forme de coup de menton sur ces "terroristes qui n'ont pas droit de cité sur le territoire de la République française"? M. Sarkozy, le Pays Basque n'attend pas de la France de stériles démonstrations de force, mais simplement du respect, et donc la mise en place d'une authentique démarche d'écoute et de dialogue.

Paris, le 28 août 2007.

Mikel Mourguiart

08:56 Gepost door F. in Algemeen | Permalink | Commentaren (0) |  Facebook |

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