18-08-07

Con comme la lune

In le Journal du Pays Basque  
Jose Mari Esparza Zabalegi / Éditeur
Con comme la lune
J e me rappelle toujours de Quevedo lorsque je lis les déclarations de Miguel Sanz [président réélu de la Communauté forale de Navarre, ndt]. Parce qu’il y a pire que de traiter avec quelqu’un d’extrême droite: le faire avec un con. Le méchant parfois prend du repos, il accorde un répitŠ l’idiot ne s’arrête jamais. Qu’un président de la Navarre parle de la langue basque ou du fait basque comme l’a fait M. Sanz l’autre jour [lors de la session d’investiture au Parlement navarrais, ndt], c’est comme pisser sur ce que la Navarre a représenté tout au long de son Histoire. Que quelqu’un d’intelligent comme Juan Cruz Alli qualifie ce discours d’"excellent" nous indique d’autres mesquineries humaines que je n’aborderai pas aujourd’hui.

L’idiot à trois capes (encore Quevedo) a demandé dans son discours à quel moment de l’Histoire "la Navarre et le Pays Basque ont eu des institutions communes". Toujours ! pourrait-on lui répondre si pour Pays Basque l’on entend ce qu’entendaient Baroja, Gayarre, Sarasate, Iturralde, Lacarra et toute la communauté intellectuelle navarraise du passé. M.Sanz ne connaît pas non plus le Pays Basque d’outre-Pyrénées, où il y a une province qui était déjà Navarre bien avant que le village de Corella le soit [M.Sanz fut maire de Corella, ndt]. Connaissant le crétin, nous devons interpréter que lorsqu’il parle de Pays Basque il ne fait allusion qu’à ce que l’on appelle ainsi depuis 1978. Posons-nous, donc, la question de l’éventuelle existence d’institutions communes entre ces trois provinces basques [Araba, Bizkaia et Gipuzkoa, ndt] et la Navarre.

La première, évidente, est le Royaume de la Navarre lui-même, lequel a donné des fueros aux villes basques et comprenait ce territoire jusqu’à ce que la Castille nous l’arrache. Depuis, chaque territoire a eu ses propres institutions, ce qui n’a pas été un obstacle pour que tous se sachent héritiers d’un peuple commun. Les trois provinces [Araba, Bizkaia et Gipuzkoa, ndt] n’ont pas eu jusqu’à présent de gouvernement commun et, lorsqu’il y a eu des essais pour les réunir, elles s’y sont fermement refusées. La séparation institutionnelle des quatre provinces, quant à leur gouvernance, est justement l’un des signes d’identité de ce pays.

Cela n’empêche pas que les quatre ont partagé des centaines d’institutions communes. En commençant par la première institution aux dires de Manuel Irujo : la langue.

Et le Droit. Cette "extraordinaire similitude existante entre les institutions publiques et privées de tous les territoires ne peut être expliquée que par une unité basque de civilisation sur l’ensemble du domaine basque". Ce n’est paspour rien si le Gouvernement espagnol a centralisé en 1812 les quatre territoires dans l’Audience de Pampelune. Même la Diputacion l’exigeait ainsi en 1866, lorsqu’elle a demandé une Audience conjointe car "leur caractère, leur physionomie, leurs coutumes et leurs croyances sont identiques". C’est pour cette raison qu’en 1836 et en 1873 a été créé le Tribunal suprême Basco-Navarrais de Justice. De la même façon, les militaires espagnols ont réuni plusieurs fois le territoire autour d’une Capitania General, alors qu’en face, les carlistes organisaient l’Armée basco-navarraise.

Si les quatre provinces n’ont pas eu davantage d’institutions communes c’est parce que le Laurak Bat lancé par la Diputacion navarraise en 1866 n’a pas été suivi par les autres. Entre autres projets frustrés, celui de l’Université. Cela dit, elle a réussi le projet d’Asile basco-navarrais, toujours en état à Iruñea, symbole, peut-être, de notre division démentielle.

Et les institutions bancaires? La Diputación navarraise ne fut-elle pas la première à mettre en place le premier projet de Banque pour les quatre provinces en 1867 ? La Vasconia n’a-t-elle pas été créée en 1901 "au service de l’économie régionale" ? La CAN [Caisse d’épargne de la Navarre, ndt] ne fait-elle pas toujours partie de la Fédération Basco-Navarraise des Caisses d’épargne créée en 1924 ? Et la presse ? Depuis le journal fueriste "La Paz" en 1874, jusqu’à la revue "Vida Vasca" pendant le franquisme, combien de sociétés de presse de toutes les couleurs se sont-elles mises au service des quatre provinces ? Et au cours de ces deux derniers siècles, combien de partis politiques et de syndicats ont-ils opéré sur les quatre provinces? Pratiquement tous, y compris les actuels.

Et en parlant d’institutions communes, notre diaspora : depuis la Cofradía de Cádiz de 1626, laquelle garde aujourd’hui encore les blasons des quatre provinces, des centaines d’Euskal Etxeak, d’associations de bienfaisance, d’écoles, sociétés de secours, caisses d’épargne, journaux et frontons sont nés sous les emblèmes des quatre provinces.

On ne pourrait pas compter le nombre d’institutions culturelles communes. Citons la Société d’études basques, créée par les quatre institutions en 1918. Et l’Académie de la langue apparue après. La liste des institutions économiques, professionnelles ou religieuses serait aussi interminable : Colegio médico-farmacéutico (1891) ; Vasco-Navarra de Seguros (1910) ; Asociación de Directores de Bandas (1929) ; Colegio de Arquitectos, toujours en activité, (1929) ; Asociación de Médicos (1932) ; Asociación Defensora de Religiosos Vasco-Navarros (1932) ; Provincia Escolapia de Vasconia (1933), etc. Tous les sports modernes sont issus d’institutions communes : Real Automóvil Club (1924), fédérations de Natation, Alpinisme, Tennis, Ski, Escrime ; Motocyclisme... Dans les années 30, Osasuna jouait la Coupe Basque et depuis 1913 on célèbre le Tour cycliste au Pays Basque. Parmi ces institutions, beaucoup ont survécu au franquisme et si elles ont changé de nom c’est justement en raison de la persécution qu’elles subissent depuis la Transición. Miguel Sanz peut s’entêter à ce qu’il n’y ait pas d’institutions communes, mais seul un con peut dire qu’il n’y en a jamais eu.

Je termine cet article agacé par moi-même, car écrire c’est réfléchir et je n’ai fait qu’énumérer un tas de choses évidentes. "Discuter avec des ânes : braire", affirme un dicton populaire. Est-ce ce que nous devrons faire les quatre prochaines années ? Seigneur, quel calvaire !

 

 
 

 

11:12 Gepost door F. in Actualiteit | Permalink | Commentaren (0) |  Facebook |

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